Recruteurs : Ce que veulent les développeurs

J’ai lu un excellent article sur linkhumans.fr, “Comment différencier le recrutement du harcèlement”. Grosso modo, c’est l’histoire d’un recruteur qui voit ses coordonnées mises sur un C.V. de développeur, et donc comprend l’envers du décor. Étant donné que je suis développeur, et harcelé sur LinkedIn, j’ai décidé de donner ici des indications pour les recruteurs sur comment intéresser des développeurs avec un premier message.

Non au tutoiement !

Tutoiement d'un développeur

Le premier conseil que je donnerais à un recruteur, c’est de bannir le tutoiement dans un premier message. Nous ne nous connaissons pas, et vous me contactez dans un contexte professionnel. Je suis personnellement choqué chaque fois que l’on me tutoie dans un e-mail LinkedIn.

Le confusion vient souvent du fait que les développeurs ont la réputation de travailler dans des milieux fun, réputation justifiée. Mais soyez sûr d’une chose, vous pouvez être fun en vouvoyant, je vous le prouve par la suite.

Le tutoiement, c’est seulement une fois que l’on s’est parlé au téléphone, et que vous nous demandez si l’on peut se tutoyer, ce à quoi on répondra naturellement « Oui, bien sûr ! »

Ne vous excusez pas !

Alors là, il s’agit d’un fléau qui est apparu y a pas longtemps, ou comment mettre de l’empathie dans un email copié/collé :

Au vu de ton profil, je me doute que tu es très sollicité, mais je voulais quand même…

Alors déjà, nous ne sommes pas que des divas ! Vous êtes là pour nous proposer du boulot dans un pays qui en manque cruellement ! Même si ce manque ne touche pas notre secteur, on regarde les informations. Alors ne vous excusez pas de nous proposer un job.

Encore une fois, si vous vous excusez, c’est pour vous faire pardonner de nous envoyer un email comme on en reçoit des centaines. Soyez fiers de nous intéresser plutôt que désolé de nous déranger.

Ne parlez pas de vous ! Soyez vous !

La majorité des mails de recruteurs sont composés inlassablement de trois paragraphe, débutés chacun par un je :

  1. Je suis (RH de la société machin, commercial de l’agence tartampion)
  2. Je cherche (un développeur pour mon client)
  3. J’attends (un retour de votre part)

Ok, maintenant je vous propose un défi. Sur les trois paragraphes que vous venez d’écrire, bannissez tous les je, et les moi, dans deux d’entre eux.

En fait, le mieux, c’est de marquer l’email de votre empreinte, pas de votre égo. Faire en sorte que le mail soit original (tout en restant professionnel).

Car oui, comme vu plus haut, en plus de saupoudrer l’email d’un égo surdimensionné, vous ne faîtes pas dans l’originalité.

Votre première ligne nous fera fuir ou rester

En général, je m’arrête à la première ligne d’un email LinkedIn pour savoir si j’ai envie de lire la suite ou pas. Il n’y a qu’une seule méthode pour capter en aussi peu : aller droit au but.

Donnez le nom de votre client, arrêtez d’être dans la paranoïa d’une exclusivité que vous n’avez pas, et de vous enfermer dans des phrases lourdes pour décrire un client sans le nommer. Et indiquez le poste.

Je prends le temps de faire un petit aparté sur ce sujet sensible. Messieurs les recruteurs, vous ne donnez pas le nom de votre client pour deux raisons principales :

* La première, pour qu’on évite de le crier à tous les recruteurs et chasseurs de tête. Franchement, relisez cette première phrase pour comprendre la stupidité de la chose. La plupart du temps, on vous fuit comme la peste. On ne va pas en plus donner le bâton pour se faire battre en communiquant cette opportunité à vos concurrents, qui en plus vous nous rappeler derrière pour nous spammer encore plus avec cette offre. De plus, sachez que vos concurrents principaux sont déjà au courant de l’ouverture de ce poste, seconde raison pour ne pas cacher le nom (oui, pour un même poste, vous êtes toujours 4 ou 5 à m’envoyer un email).

* La seconde, pour qu’on évite de contacter directement le client. Bon, alors là soyez certain d’une chose, on se fait tellement taxer de diva, que les rares fois où l’on a effectivement l’occasion de jouer les divas, on ne va pas s’en priver. À travers vous, on a une porte d’entrée grande ouverte chez votre client, pourquoi s’embêter à aller chercher les coordonnées du client sur Internet, alors que vous nous le servez sur un plateau.

Comme on le voit, le fait de cacher le nom est stupide et idiot dans un e-mail. Sachez que vous capterez des développeurs comme on capte n’importe qui, en racontant une histoire. Difficile de raconter une histoire qui tienne la route sans nommer le personnage principal. Plutôt que de chercher à être le seul, cherchez à être le meilleur !

Sachez que si vous donnez le nom de votre client, vous serez tellement rare, que pour peu que le reste du mail tienne à peu près la route, vous risquez d’obtenir une réponse. Sur les 2 384 emails que j’ai actuellement dans ma boîte de réception LinkedIn (bon, je n’ai pas compté, mais à raison de 10 à 15 messages par jour, je suis sûrement en dessous du compte), je n’ai reçu qu’un seul message d’un commercial qui contenait le nom du client. Ce seul point a fait que je lui ai répondu direct.

Enfin, à quoi bon, vous allez forcément nous donner le nom du client lors de notre second ou troisième contact. Vraiment, arrêtez la paranoïa sur ce point !

Dernier argument : vous êtes face à des gens dont la mentalité est forgée du partage de connaissance, et d’Open-Source. Jamais vous ne nous intéresserez en cachant des informations.

Ne pas demander le numéro d’un développeur

Ne terminez jamais votre message en demandant au développeur de vous donner son numéro et un créneau pour le rappeler. Et ce, pour plusieurs raisons :

  • Un développeur reçoit quantité de coup de téléphone de recruteurs. Sa première envie est de fuir ces appels. Il ne vous donnera pas son numéro pour être harcelé.
  • La seconde raison, c’est que comme on pourra le voir, vous pouvez inciter un développeur à vous laisser son numéro, sans même lui demander

N’invitez pas à une rencontre RH

Alors il y a quelque chose que l’on fuit plus que les appels incessant, ce sont les entretiens où ils faut se déplacer pour que l’on nous demande de répéter notre CV, avant d’entendre que votre société est géniale.

Là encore, il y a moyen de faire un peu plus original.

Exemple à ne pas suivre

Bonjour Gaetan,

Je suis [Prénom], de la société ConsultingPartnerConseil, cabinet de placement de freelances spécialisé dans l’IT.

J’ai une opportunité de poste de Développeur Android à te proposer sur Paris chez notre client, leader français dans le secteur des énergies fossiles, suite à son développement dans la région EMOA.

Sur quel numéro puis-je te joindre ?

Cordialement

Bon, on vient de lister les choses à ne pas faire, donc voici un exemple d’email que j’ai reçu, qui liste tous les mauvais points cités plus haut.

Exemple à suivre

Ici, j’ai décidé d’écrire le mail parfait que j’aurais souhaité recevoir de la part d’un recruteur :

 

Bonjour Gaëtan,

Total recherche actuellement un développeur Android pour une mission freelance de six mois renouvelable basée à la Défense afin d’accompagner l’ouverture de nouvelles plateformes en Afrique.

Ils demandent une maîtrise des librairies Dagger et Retrofit, ainsi que trois années d’expériences sur Android. Étant donné que j’ai retrouvé toutes ces mentions sur votre profil, et qu’en tant que RH je n’y connais pas grand chose dans tout ce jargon, je voulais savoir si vous pensiez également correspondre au profil qu’ils recherchent.

Si c’est le cas, et même si ça ne l’est pas, que diriez vous d’un Coca bien frais en cette chaleur estivale pour parler plus amplement de votre profil. Si vous êtes plus Redbull, café ou thé, on devrait pouvoir s’arranger.

N’hésitez pas à revenir vers moi si l’invitation vous tente

[Prénom] de chez [Société]

Pourquoi ce mail serait selon moi le mail idéal ?

  • D’entrée, je sais de quoi il s’agit
  • Juste après, un RH qui balance des termes techniques, mais qui a l’autodérision d’admettre qu’il ne sait pas de quoi il parle (et ça, c’est bien plus fun que le tutoiement d’un inconnu, et ça reste professionnel)
  • Je montre que j’ai lu le C.V. (toutes ces mentions sur votre profil) sans avoir la lourdeur d’y faire allusion (exit les trop lourds : notamment à travers votre expérience chez X, montrant que vous vous êtes contenté de prendre l’expérience la plus longue)
  • On m’invite à boire un verre, ça ne se refuse pas. On ne me demande pas d’assister à un énième entretien d’agence, on me propose un verre, c’est totalement différend

De plus, dans cet email, vous signez mais ne laissez pas de coordonnées. Quel est mon choix si ce n’est de répondre « Oui, bien sûr, OK pour un verre. Voici mon numéro afin de caler le jour et l’heure ». Si en plus, vous continuez la conversation par SMS plutôt que de l’appeler, vous aurez tout gagné.

Alors ? Prêt à copier/coller cet email pour plus de résultats ? C’est exactement la chose à ne pas faire !

Comme je disais, vous devez saupoudrez votre message de votre empreinte, et celui-ci est saupoudré de la mienne. Retenez le principal, et adaptez-le à votre sauce :

  • Mettez de vous dans le message. Prenez des risques, il vaut mieux qu’une minorité vous déteste plutôt qu’une majorité vous ignore.
  • Vous n’êtes qu’un intermédiaire. Un intermédiaire indispensable certes, mais un intermédiaire. Parlez donc des deux parties plutôt que de vous.
  • Ayez de l’auto-dérision. C’est le moyen le plus simple d’être fun en étant certain de ne froisser personne.

Il n’y a désormais plus aucune raison que vos messages gardent un faible taux de retour.

Et si jamais vous devez nous parler de votre société

Vous l’aimez votre société, tellement que vous êtes obligés de nous en parler dans votre premier message ? Très bien, mais faîtes le intelligemment, on en a rien à faire que comme tous les autres vous travailliez avec des clients finaux et des clients grands compte., ni même que vous soyez une société fondée en 2003 avec une progression de 30% annuelle.

Donnez-nous plutôt des informations qui nous intéressent :

  • Des candidats que l’on connaît ! Le monde est petit, en recroisant notre parcours avec celui des candidats que vous avez accompagné, il y a fort à parier que votre société ait déjà accompagné des gens que je connaisse. Après tout, vous nous demandez sans cesse des références, commencez par nous montrer l’exemple !
  • Combien de temps en moyenne les développeurs que vous placez restent en poste. Si vous nous dîtes que 75% des candidats que vous avez placé sont toujours en poste après 2 ans, on se dit que vous faîtes vraiment matcher les profils avec les postes.

Et si jamais vous n’avez pas de réponse

Alors là, je n’y avais jamais pensé, mais l’article de linkhumans.fr propose une idée redoutable : le SMS. On ne nous contacte jamais par SMS. Pourtant, le SMS c’est un truc génial, on l’a toujours sur nous, et on y répond quand on veut.

Parce que je vais vous donner un autre scoop ! On a les mêmes horaires de travail que vous ! Si si, je vous promets ! Je sais que ça semble incroyable que des gens travaillent comme vous entre 9 heures et 18 heures du lundi au vendredi, mais c’est la vérité. Donc en général, quand vous nous appelez, vous nous dérangez au travail. De plus, en étant développeur mobile, sachez que mon portable est CONSTAMMENT en mode silencieux. Et si je rate votre appel, sachez que je n’écoute même pas les messages vocaux des recruteurs. Moralité, SMS ! Et non, on n’a pas de créneau à vous donner pendant des horaires de bureaux, on n’a autre chose à faire de nos pauses qu’écouter le monologue d’un recruteur.

Que mettre comme SMS pour rester simple, professionnel, et concis ? Un simple SMS du genre « Bonjour Gaëtan ! Que pensez vous du poste chez Total dont je vous ai parlé sur LinkedIn ? Merci ! [Prénom] »

Conclusion

J’ai volontairement fait des généralités, mais ce n’est que pour mieux vous donner l’image que les développeurs ont de tous les recruteurs. J’essaye de vous communiquer cette image afin que vous fassiez tout pour vous en éloigner le plus possible, et obtenir de meilleurs taux de réponse sur les messages adressés aux profils les plus convoités.

J’ai conscience que mon article demande aux recruteurs de passer plus de temps à la lecture des C.V., plutôt que de spammer une liste de mots clés. Mais croyez-moi, le taux de réponse que vous aurez, j’en suis certain, dépassera et de loin vos résultats actuels.

En gros, plutôt que de larguer des prospectus depuis un avion, essayez de cibler vos messages.

Easter Egg

Mais pourquoi donc ai-je choisi Total comme client de société. Car ce sont eux qui ont fait la publicité résumant au mieux un appel téléphonique entre un recruteur et un développeur :

 

Développeur Android freelance depuis Avril 2016, je partage sur mon blog aussi bien que dans des meetups.

7 réponses sur “Recruteurs : Ce que veulent les développeurs”

  1. Excellent résumé de la situation. Ça me donne envie de répondre aux recruteurs par le lien de l’article. Mais le faire serait sans doute inadapté, je n’ai pas envie de donner aux pires recruteurs les moyens de s’améliorer alors qu’il devraient avoir l’intelligence de le faire naturellement.

    1. je n’ai pas envie de donner aux pires recruteurs les moyens de s’améliorer

      Ben si justement, pense aux développeurs à venir que tu vas épargner. Ce que j’espère, comme je le dis dans mon article, c’est que cet article ne devienne pas une source pour certain de nouveau copié/collé

  2. Super article franchement, je suis un développeur mais ca fait plaisir de lire ces conseils, en espérant que les futurs recruteurs lisent cet article

  3. A savoir : les recruteurs des grosses SSII sont rémunérés en variable au nombre d’appels ou au nombre de CV récupérés… comme des commerciaux peuvent être rémunérés en variable dans d’autres secteurs de l’économie au nombre de prospects. Si vous recevez beaucoup d’appels pas beaucoup de chance que les choses changent 🙂

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